détail d'une actualité Des pesticides dans l’air francilien – Nouveaux résultats

Le vendredi 03 juillet 2020

Dans son rapport sur les politiques publiques de lutte contre la pollution de l’air de décembre 2015, la Cour des Comptes recommande à l’État de « rendre obligatoire la surveillance par les AASQA (Associations Agréées de Surveillance de la Qualité de l’Air) de la présence dans l’air des pesticides les plus nocifs ». La mise en place d’une surveillance des résidus de pesticides dans l’air au niveau national est également une des priorités définies dans le cadre du Plan d’action sur les produits phytopharmaceutiques et du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA) 2012-2017 adopté par le gouvernement.

Les AASQA surveillent depuis déjà 20 ans les concentrations de pesticides dans l’air ambiant, et publient les données recueillies en accès libre sur la plateforme Phyt’Atmo, via le site d’ATMO France et data.gouv.fr. Airparif a ainsi mené par le passé deux campagnes régionales de mesure, une au printemps 2006, et une en 2013-2014.  En juin 2018, une campagne nationale exploratoire sur les pesticides (CNEP[1]) a été lancée. Pilotée par l’ANSES et l’Ineris, dans le cadre du Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA), elle vise à dresser un état des lieux des résidus de pesticides retrouvés dans l’air ambiant en France et s’appuie sur des mesures en régions réalisées par les AASQA. Les rapports sont présentés au Conseil National de l’Air ce jeudi 2 juillet.

« Ce travail doit permettre de définir les modalités de surveillance des pesticides dans l’air ambiant dans les prochains mois. » - Elisabeth Borne, Ministre de la transition écologique et solidaire, lors du Conseil National de l’Air du 2 juillet 2020.

Dans le cadre de la CNEP,  deux sites ont été instrumentés en Île-de-France par Airparif. À cette occasion Airparif revient sur les évolutions dans le temps des pesticides retrouvés dans l’air francilien. La contribution des AASQA à la CNEP est présentée dans le communiqué de presse d’ATMO France.

Les mesures en Île-de-France ont eu lieu pendant un an, de juin 2018 à juin 2019, sur deux sites : un en milieu urbain (Paris 18ème) et un en milieu péri-urbain (Rambouillet) sous l’influence agricole des grandes cultures. L’instrumentation de ces sites permet de documenter l’exposition moyenne de la population en situation de fond, à savoir loin des sources d’émissions, ce qui était un des objectifs de la CNEP. Sur les 75 substances actives priorisées par l’ANSES en fonction de leur dangerosité et de leur persistance dans l’air, 72 ont été recherchées en Île-de-France, dont 27 herbicides, 23 insecticides et 22 fongicides.

Sur les 72 substances analysées en Île-de-France, 30 ont été détectées au moins une fois sur l’un des deux sites de mesure : 7 insecticides, 10 fongicides, et 13 herbicides. 6 de ces substances sont frappées d’interdiction et 1 est autorisée uniquement en tant que biocide (ne concerne pas les traitements agricoles) en France.

Nombre de pesticides détectés par rapport au nombre recherché

Les résultats de cette étude confirment les enseignements des précédentes campagnes de mesure menées par Airparif : un plus grand nombre de substances est détecté en milieu urbain (Paris 18ème), mais les concentrations en pesticides dans l’air ambiant sont plus élevées en milieu périurbain (Rambouillet) sous l’influence agricole des grandes cultures. De plus, la variabilité saisonnière est marquée, avec des concentrations maximales relevées pendant l’automne, mais une plus grande diversité de substances relevée au printemps.

En termes d’évolution dans le temps, sur 49 composés communs, le nombre de substances détectées au printemps en milieu rural diminue entre 2014 et 2019, alors qu’il augmente en milieu urbain. Plus spécifiquement, le nombre d’insecticides et d’herbicides détectés a augmenté en milieu urbain sur la période, mais est resté stable en milieu rural. Le nombre de fongicides, lui, a diminué sur la période à la fois en milieu rural et en milieu urbain.

En termes de perspectives, ATMO France, fédération du réseau national des AASQA, rappelle les enjeux du PREPA et  « la nécessité de la mise en œuvre d’une surveillance nationale règlementaire adossée à des valeurs de gestion. L’élaboration de ces dernières est incontournable afin de répondre aux questionnements et problématiques locales des territoires ».

Dans cette attente, les AASQA réaffirment les recommandations suivantes :

  • Multiplication des sites de mesures pérennes afin de produire une information locale, fiable et représentative ;
  • Incorporation de la mesure des pesticides dans l’air ambiant comme indicateur de suivi dans les dispositifs actuels de réduction de l’usage des pesticides ;
  • Mise en place d’une plateforme nationale d’enregistrement des produits phytopharmaceutiques pour centraliser aussi bien les achats de pesticides que leur utilisation recommandée par le rapport parlementaire de la mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate de novembre 2019[2] ;
  • Prise en compte du suivi des pesticides dans l’air dans les politiques de santé environnementale ».

Ressources pour aller plus loin :

 

[1] La CNEP est menée via une collaboration entre l’ANSES, l’INERIS et les AASQA (représentées par la Fédération ATMO France)
[2] Rapport d’étape de la mission d'information commune sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate, novembre 2019



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