Titre La qualité de l'air intérieur

Sommaire

Les généralités

Nous passons près de 80 % de notre temps dans des espaces clos, qu’ils soient privés (appartements, maisons, travail…) ou accueillant du public (écoles, administrations, lieux de loisirs…). Longtemps ignorée, la problématique de la qualité de l’air intérieur a depuis été investie pour en comprendre les enjeux et les axes d’amélioration. Une étude de 2006 rendue public par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a, pour la première fois, permis un état des lieux à grande échelle en France soulignant la pollution existante à l’intérieur des bâtiments. Car si de nombreux échanges de flux existent avec l’air extérieur, les milieux clos comportent de nombreuses spécificités. La qualité de l’air intérieur est ainsi régulièrement plus mauvaise que celle d’un espace ouvert. Cette pollution continue s’explique par les produits et objets de notre quotidien qui émettent de nombreuses substances, par nos activités et pratiques et par le piège que constitue l’isolation si le local est mal ventilé.

Une étude plus récente datée du 23 juin 2014 conduite par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) a elle mis en lumière le coût socio-économique de la pollution de l’air intérieur. Cette étude a notamment porté sur six des principaux polluants dont on sait appréhender les effets sur la santé : benzène, trichloréthylène, radon, monoxyde de carbone, particules et « fumées de tabac environnemental » (tabagisme passif). Ses résultats révèlent que la pollution domestique engendre près de 20.000 décès par an et coûte plus de 19 milliards d’euros annuels. Ces chiffres sont d’autant plus notables qu’ils ne tiennent pas compte de polluants importants, tel le formaldéhyde, de la co-exposition à certaines substances ou encore de certaines pathologies liées aux polluants de l’air intérieur.

A l’occasion des Assises nationales de la qualité de l’air 2013, le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et le ministère des Affaires sociales et de la Santé, ont lancé le Plan d’actions sur la qualité de l’air intérieur. Ce plan d’actions comporte 26 actions et aura vocation à intégrer le troisième Plan national santé environnement (PNSE3 - 2015-2019). La réduction de la pollution de l’air intérieur passe par la connaissance des sources de polluants et des moyens pour la juguler qui apparaissent notamment dans le PNSE3.

L’OQAI réalise actuellement une vaste campagne de mesure nationale dans les bureaux afin d'élaborer un état du parc des immeubles de bureaux de France métropolitaine. Les résultats de cette étude devraient être publiés très prochainement. Airparif est impliquée depuis de nombreuses années sur des travaux d’évaluation de la qualité de l’air intérieure dans différents milieux : dans les écoles, en voiture, dans le métro. Des mesures sont également en cours dans les enceintes ferroviaires souterraines du réseau Transilien.

Principaux composés et leurs sources

Il existe de très nombreux polluants intérieurs qui ont pour source le croisement de nos activités avec les composants de notre environnement. Ces sources de polluants peuvent être regroupées en six catégories :

  • Les équipements (ameublement, foyers de chaleur, stockage des déchets, VMC/climatisation mal entretenues, production d’humidité des appareils électroménagers…).
  • Les activités humaines (bricolage, produits cosmétiques, produits ménagers, tabagisme, cuisson…).
  • Occupation des locaux (animaux, plantes…).
  • Sol (émanation naturelle des sols et sous-sols).
  • Matériaux de construction et de décoration (colle, vernis peinture, isolants, revêtements…).
  • Air extérieur (pollution locale, pesticides, pollens, poussières…).

Ces polluants ont donc des identités variées d’origine chimique, physique et biologique. Le tableau ci-dessous offre un aperçu des principaux polluants en fonction de leur identité et de leur source :

Effet sur la santé

Si une mauvaise qualité de l’air est avérée, les effets sur la santé connaissent de considérables variations. Selon le type de polluants, le profil des usagers (personnes vulnérables, jeunes enfants, etc.) et le type d’exposition les conséquences peuvent être immédiates ou provoquer des effets à long terme. Ces symptômes sanitaires ont été étudiés par l’Anses qui a déterminé à partir d’études épidémiologiques des Valeurs Guides pour l’Air Intérieur (VGAI). Ces valeurs permettent de mieux cerner les effets du niveau de concentration d’un polluant en fonction de la durée d’exposition d’un individu. Trois VGAI sont ainsi distinguées :

  • Les VGAI court terme, qui prennent en compte une exposition aiguë (de 15 minutes à quelques jours) avec un niveau de concentration élevée ;
  • Les VGAI long terme, qui prennent en compte une exposition chronique (d’une durée généralement supérieure à l’année) avec un niveau de concentration variable qui s’accumule dans l’organisme ;
  • Les VGAI intermédiaire, plus spécifique, cette valeur guide renseigne dans le cas d’exposition particulière (milieu professionnel par exemple).

Ces VGAI sont donc des indicateurs qui permettent de mieux cerner son exposition pour 8 substances que le tableau ci-dessous détaille :

Tableau des Valeurs Guides pour l'Air Intérieur (VGAI)
Source : Anses


Selon le degré d’exposition d’un individu et sa vulnérabilité, les effets sur la santé sont donc très variables. Les réactions immédiates concernent les inhalations fortes de polluants qui se traduisent par de la gêne au niveau yeux, du nez, de la gorge ou encore des voies respiratoires ; plus rarement, cette exposition peut induire des crises d’asthme, voire des cas d’asphyxie dans le cas du monoxyde de carbone (CO). Dans les cas d’exposition chronique, les pathologies sont plus graves et favorisent l’apparition de cancers, de carence pulmonaire ; de maladies cardio-vasculaires ou accroissent la fréquence des crises d’asthme. Ce degré d’exposition est également à mettre en perspective avec le Syndrome des bâtiments malsains (SBM). Apparu dans les années 80, ce syndrome touche les occupants temporaires de bureau qui témoignent de symptômes respiratoires, oculaires, cutanés et sensoriels apparaissant au sein d’une atmosphère climatisée plusieurs heures par jour. En raison du rythme de travail, ces troubles apparaissent durant la semaine et disparaissent en fin de semaine. Plusieurs raisons ont été évoquées pour expliquer ces troubles qui combinent des éléments bio-physico-chimiques, mais également psychologiques (comme la sensation d’oppression due au confinement des locaux). Indépendamment des sources et qu’ils soient aiguës et/ou chroniques, ces symptômes présentent des risques plus graves pour les personnes fragiles (enfants de moins de 8 ans, femmes enceintes, personnes âgées, personnes ayant des difficultés respiratoires ou des problèmes cardio-vasculaires, etc.) pour lesquelles il est recommandé une vigilance accrue.

Conseils et voies d’amélioration

De nombreux gestes existent pour assainir l’air intérieur et ainsi prévenir les risques associés à sa mauvaise qualité. En premier lieu, optimiser l’aération et la ventilation de son logement est une action simple et utile. Favoriser la circulation de l’air (VMC, bouches d’aération…), ouvrir les fenêtres lors de certains travaux (bricolage, ménage…) et aérer quotidiennement son logement 10 minutes au minimum, de préférence le matin ou la nuit, permettent ainsi d’améliorer efficacement la qualité de l’air intérieur. Ces actions quotidiennes sont à coupler avec des actions plus ponctuelles, telles l’assainissement des pièces humides, le ramonage des conduits de cheminée ou l’entretien des appareils à combustion. Enfin, il faut veiller à garder une température comprise entre 18°c (pour la chambre) et 20°c (pièces principales) pour éviter les ambiances surchauffées et favoriser un air plus sain. Bien évidemment, la cigarette est à proscrire en intérieur que ce soit pour lutter contre le tabagisme passif ou pour la qualité générale de l’air en milieu clos.

La limitation des sources de polluants est également un geste préventif sur lequel chacun peut agir en choisissant des produits à faible émission. De nombreuses indications peuvent orienter le consommateur vers des produits qui comportent le moins possible de composant chimiques.

En portant son attention sur certains composants, on peut également limiter le risque d’émissions dégradant la qualité de l’air intérieur ; le formaldéhyde, les phosphates, les borates, les anticalcaires, les agents de blanchiment, l’eau de javel, les antibactérien, etc., sont autant de substances à éviter. S’il n’est pas possible d’éviter certains produits contenant des solvants, ouvrir les fenêtres pendant le ménage est une habitude à prendre, tout comme privilégier un essuyage humide à l’aspirateur.

Au-delà des produits ménagers, de nombreuses sources d’émissions proviennent des meubles et des revêtements appliquées dans les pièces du domicile. Il faut ainsi privilégier les meubles en bois massif, laisser 5 cm d’écart entre un meuble et un mur, éviter les moquettes et les linos ainsi que les vernis, les colles et les vitrifications les plus émissifs. Depuis le 1er janvier 2012, les produits de construction et de décoration sont munis d’une étiquette qui indique, de manière simple et lisible, leur niveau d’émission en polluants volatils.



De nombreux gestes quotidiens permettent également d’assainir l’air : laver avant utilisation tous les textiles, limiter voire supprimer les bougies parfumées, les encens et les parfums d’intérieur, interdire certaines pièces aux animaux domestiques (comme la chambre par exemple) et enfin aspirer très régulièrement la literie, les canapés, les tapis, etc., afin d’éliminer les acariens, les poils et autres allergènes.

Une attention particulière est requise pour les personnes sensibles : nourrissons, femmes enceintes, asthmatiques, personnes âgées et cardiaques et insuffisants respiratoires. En sus des mesures précitées, il faudra systématiquement chercher des alternatives aux produits chimiques, éviter les lieux qui ont fait l’objet de travaux récents ou encore bannir les « pièges à poussières » que sont les tapis, pots-pourris, armoires de bibelots, etc. Dans le cas de pathologies récurrentes, il ne faut pas non plus hésiter à faire analyser l’air de son logement par un professionnel qui pourra proposer des solutions d’assainissement de l’air intérieur ou diagnostiquer des émissions nocives.

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