détail d'une actualité Pollution de l’air et COVID-19

Le lundi 12 octobre 2020

Le Focus Santé de l’Observatoire Régional de Santé d’Île-de-France 

L’Observatoire Régional de Santé d’Île-de-France (ORS) a publié en septembre 2020 un Focus Santé sur les liens entre pollution de l’air et épidémie de COVID-19. Cette revue de littérature scientifique couvre plusieurs questions : l’exposition à la pollution atmosphérique est-elle un facteur aggravant de la COVID-19 ? La pollution particulaire joue-t-elle un rôle dans la propagation du virus ? Quels gains sanitaires l’amélioration sans précédent de la qualité de l’air pendant la période de confinement a-t-elle permis ? Et enfin, quels enseignements tirer de cette crise sans précédent en termes de politiques publiques sanitaires et environnementales ?

La pollution de l’air, facteur aggravant de la COVID-19

La synthèse des études publiées à ce jour confirme le rôle aggravant de la pollution de l’air dans l’épidémie de COVID-19. Les impacts sanitaires avérés de l’exposition à la pollution (fragilisation du système respiratoire, maladies chroniques respiratoires et cardio-vasculaires, altération de la réponse immunitaire) augmentent le risque de développer des formes graves de la COVID-19 et d’en décéder. La pollution de l’air peut donc être considérée comme un « co-facteur de morbi-mortalité par COVID-19 », selon l’ORS.

Plusieurs études, menées en Chine, aux Etats-Unis ou encore au Pays-Bas, pointent vers des résultats convergents : à une hausse des concentrations en polluants de l’air (particules fines et dioxyde d’azote en particulier) est associée une hausse de la mortalité due à la COVID-19. Ces différentes études plaident donc en faveur d’une « association entre exposition chronique à la pollution de l’air et risque accru de cas de COVID-19 et de ses formes graves ».

Cependant, l’ORS rappelle que ces résultats restent préliminaires et s’inscrivent dans des contextes très divers (entre autres en termes de taux de dépistage). Des recherches supplémentaires sont nécessaires, en particulier pour prendre en compte l’impact d’autres facteurs sur la probabilité d’être infecté à la COVID-19 et d’en développer une forme grave (facteurs socio-économiques, âge, comportements, maladies chroniques, accès aux services de santé et capacités hospitalières).

Une propagation du virus par la pollution particulaire qui reste à prouver

Depuis le début de la crise en mars 2020, plusieurs hypothèses ont été formulées sur la possibilité d’une propagation du virus dans l’air. Une étude américaine a ainsi conclu que le virus pouvait rester viable plusieurs heures dans les aérosols générés par une personne infectée. Dans ce contexte, la question d’une possible adsorption du virus sur les polluants particulaires, qui pourraient jouer un rôle de vecteur en favorisant à la fois sa diffusion à distance et sa pénétration plus profonde au sein de l’appareil respiratoire, a généré de nombreuses inquiétudes.

Cependant, aucune étude n’a démontré que le virus retrouvé dans les aérosols avait une charge virale suffisante pour effectivement entrainer des contaminations. Et selon l’ORS, « à ce jour il n’y a pas de données scientifiques probantes permettant de dire que le virus pourrait être transporté par des polluants particulaires ».

L’ORS rappelle néanmoins que, selon le Haut Conseil de la Santé Publique, la transmission par aérosol du virus ne peut être exclue dans les milieux clos.

Des gains sanitaires associés à la baisse sans précédent de la pollution de l’air suite aux mesures de confinement

Les mesures de confinement prises pour lutter contre l’épidémie, et la baisse drastique du trafic routier qu’elles ont entrainée, ont résulté en une baisse sans précédent de la pollution de l’air partout dans le monde. Les chiffres issus des observations recueillies grâce au dispositif de surveillance d’Airparif confirment cette baisse de la pollution  pour l’Île-de-France, en particulier à proximité des axes routiers et dans les agglomérations urbaines, avec une baisse des concentrations de dioxyde d’azote de 20% à 35% selon les semaines, et jusqu’à 50% le long du trafic routier.

Cartes animées concentrations hebdomadaires en NO2 du 17 mars au 31 mai 2020

Concernant les particules ultrafines (PUF), dont les émissions sont principalement liées au trafic routier et aérien, la baisse des concentrations observée pendant le confinement était de 30%. Cependant, trois semaines après le déconfinement, les niveaux d’émissions de polluants atmosphériques se rapprochaient déjà des niveaux « normaux » observés avant le confinement. Ainsi, les émissions de dioxyde d’azote, de PM10 et de PM2.5 liées au trafic sont remontées progressivement jusqu’à 80% de leur niveau avant le confinement, et jusqu’à 90% sur le Boulevard Périphérique.

nombre moyen puf 100nm avant et pendant confinement

Cette amélioration de la qualité de l’air a entraîné une baisse importante de l’exposition des populations, ce qui permet d’en attendre des bénéfices sanitaires. En effet, comme le rappelle l’ORS, « toute amélioration de la qualité de l’air entraîne une amélioration de la santé », même si cette amélioration a eu lieu sur une courte période comme pendant le confinement. Cependant, l’estimation de ces bénéfices est rendue compliquée par le caractère exceptionnel de la période de confinement, qui a bouleversé de nombreux facteurs ayant un impact sur la santé (exposition à la pollution de l’air, mais aussi exposition au bruit, moindre activité physique, voire moindre recours aux soins face à des systèmes de santé saturés).

Certaines études se sont néanmoins essayées à la quantification de ces bénéfices sanitaires. Une étude du Centre de Recherche sur l’Energie et l’Air avance le chiffre de 11 000 décès évités en Europe pendant la période de confinement, grâce à la baisse de la pollution de l’air. Cependant, selon l’ORS, ces résultats sont à prendre avec précaution, du fait de choix méthodologiques pouvant induire une surestimation des bénéfices et un risque de double-comptage lié à l’exposition simultanée au dioxyde d’azote et aux particules fines. D’autres études, en Chine et aux Etats-Unis, ont également estimé le nombre de décès évités grâce à la baisse de la pollution. Même si, là encore, les chiffres sont à manier avec précaution, les différents ordres de grandeur sont éclairants sur l’impact sanitaire de la pollution de l’air dans ces différents pays. Ainsi pour la Chine, certains chercheurs ont estimé que les bénéfices sanitaires permis par l’amélioration de la qualité de l’air étaient supérieurs à la surmortalité provoquée par le virus.

Pour le contexte français, Santé Publique France prépare une étude pour estimer l’impact de la baisse de la pollution de l’air sur la mortalité à court-terme (pendant le confinement) et à long terme (si les baisses de pollution observées en France pouvaient se poursuivre grâce à des changements de comportements et d’activités).

Favoriser les synergies entre la lutte contre l’épidémie et la lutte contre la pollution de l’air

La crise épidémique a entraîné un bouleversement sans précédent des habitudes de mobilité, mais également un questionnement renouvelé sur l’aménagement du territoire, les problématiques de densité urbaine et les inégalités sociales et territoriales.

En particulier, l’ORS souligne la nécessité de favoriser les synergies entre les politiques de lutte contre l’épidémie et les politiques de lutte contre la pollution de l’air, saluant par exemple les aménagements de voirie temporaires qui se sont multipliés après le déconfinement pour faciliter l’usage du vélo, et qui gagneraient à être pérennisés. L’ORS insiste également sur les liens qui existent entre défaveur sociale d’une part, et exposition au risque épidémique et à la pollution de l’air d’autre part, et rappelle l’importance de la prise en compte de ces inégalités environnementales par les politiques publiques.

Enfin, comme l’a illustré l’épisode de pollution particulaire qu’a connu l’Île-de-France en mars 2020, la pollution de l’air sur le territoire est d’origine multiple. En effet, si la baisse des niveaux de pollution observée pendant le confinement a confirmé, si c’était nécessaire, la contribution du trafic routier, elle a aussi permis de mettre en lumière d’autres secteurs émetteurs, en particulier l’agriculture et le chauffage résidentiel. Il importe donc d’agir sur toutes ces sources pour améliorer durablement la qualité de l’air et donc la santé des Franciliens.

L’Observatoire Régional de la Santé est membre d’Airparif au sein du collège Associations et Personnes Qualifiées.

 

Pour aller plus loin :

Rappel des gestes barrières de Santé Public France



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